De Dudok à la Cité Universitaire
Le Collège Néerlandais est une des 40 maisons de la Cité Internationale Universitaire de Paris (CIUP), qui accueille, dans ses 34 hectares, 10 000 résidents de 140 nationalités chaque année. Depuis la rentrée universitaire 1925, la CIUP, fondation de droit privé, reconnue d'utilité publique, accueille des étudiants du monde entier venus étudier à Paris.
L'histoire de la Cité Internationale commence en 1920 sur l’idée d’Emile Deutsch de la Meurthe, un industriel français souhaitant créer une œuvre sociale durable et décide de fonder une cité pour les étudiants, sur les conseils du recteur de l’Université de Paris, Paul Appell, préoccupé par les difficultés en matière de logement étudiant. André Honnorat, ministre de l’Instruction Publique, approuve et soutient le projet et il travaillera pendant trente ans à sa concrétisation. Il cherche à recueillir des fonds auprès de banquiers, d’industriels, de collectivités locales et de gouvernements, en France et à l’étranger. Quelques années seulement après la fin de la Première Guerre Mondiale, la création de la CIUP exprime aussi un idéal pacifiste et de réconciliation des sociétés, par un projet fondé sur les jeunes générations.
Le Collège Néerlandais est l’œuvre de l’architecte néerlandais Dudok, dessinée en 1927 et inaugurée par la Princesse Juliana des Pays-Bas le 2 décembre 1938. La construction du bâtiment fut longue, les travaux furent notamment interrompus par la crise économique et le manque de moyens financiers. Situé à la limite ouest du parc de la Cité, le Collège néerlandais accueille 168 étudiants et impose la géométrie de sa silhouette et le purisme de ses façades dans la perspective du boulevard Jourdan. Après son inscription à l’inventaire des Monuments Historiques en 1998, le bâtiment est classé Monument Historique le mars 2005 ; il fermera ses portes de juin 2010 à septembre 2012 pour d’importants travaux de restauration.Histoire et Influences
Willem Marinus Dudok signe avec le Collège Néerlandais sa seule réalisation française. L’architecte, ingénieur de formation, développe son intérêt pour l’aspect esthétique de la construction pendant sa formation militaire à l'Académie Royale de Breda, où il suit quelques cours d'architecture civile et d'art de la construction et alors que les principes de construction et les principes techniques occupaient une place prépondérante. Il étudie l’architecture civile pendant ses loisirs, admire par exemple Berlage, dont la nouvelle Bourse d’Amsterdam est terminée en 1903. Cette première double influence se retrouve dans les premiers projets de Dudok, marqués par le mélange des matériaux comme la brique et la pierre naturelle, ou la construction asymétrique des façades.
D’abord comme directeur des Travaux Publics d'Hilversum, puis comme architecte municipal à partir de 1928, Dudok entame sa période dite « de Hilversum », dont l’hôtel de ville demeure sa réalisation la plus célèbre et la plus intéressante.
Mais Dudok développe aussi une pensée architecturale globale à l'échelle de la ville dont il dessine aussi des logements particuliers et les écoles. Il organise l'espace social urbain autour de ces pôles qu'il veut rendre dynamiques.
D’abord comme directeur des Travaux Publics d'Hilversum, puis comme architecte municipal à partir de 1928, Dudok entame sa période dite « de Hilversum », dont l’hôtel de ville demeure sa réalisation la plus célèbre et la plus intéressante.
Mais Dudok développe aussi une pensée architecturale globale à l'échelle de la ville dont il dessine aussi des logements particuliers et les écoles. Il organise l'espace social urbain autour de ces pôles qu'il veut rendre dynamiques.
L’architecture de De Stijl voyait le projet de l'extérieur et de l'intérieur d'un bâtiment comme un tout, la composition étant basée sur des formes géométriques. Ce principe nourrit les œuvres de Dudok qui le traduit à sa façon en réalisant des compositions avec des volumes cubiques, comme le Collège Néerlandais. Si Dudok a toujours refusé de reconnaître l’influence de Franck Lloyd Wright, des éléments des « prairiehouses » de Wright sont identifiables dans l’œuvre de Dudok et dans le Collège Néerlandais, comme les avant-corps ou les grands auvents.
Identité et Lignes
Le style de Dudok offre des lignes à la fois reconnaissables et très personnelles. La réalisation d’un monument situé au milieu de la grande digue des Pays-Bas ("Afsluitdijk Monument") souligne son talent pour l’association de la discrétion et du risque dans cette tour qui s'oppose aux vents comme une proue, au milieu...de rien.
Au Collège Néerlandais, Dudok pense l’espace comme un tout. L’esthétique extérieure se prolonge dans des espaces intérieurs à la fois ouverts et marqués, définis par des lignes puissantes qui soulignent les ensembles géométriques imposants. Les bandes de fenêtres accompagnent le regard ; horizontales et verticales, elles soutiennent la frontière entre confort intérieur et vie extérieure, notamment autour des cours intérieures. L'espace commun du rez-de-chaussée est ainsi pensé autour de la cour intérieur dont le bassin est visible depuis le hall ou le Grand Salon.
Lieu de vie essentiel des résidents qui peuvent s'y arrêter, par exemple après avoir pris leur courrier à la loge, pour lire ou rencontrer des voisins d'étage, le hall est aussi, avec le Salon et la cour, un lieu propice à accueillir des performances artistiques, comme celles de la chorégraphe Julie Desprairies, qui explore avec sa compagnie (http://www.compagniedesprairies.com/) les relations entre danse et architecture.
Les chambres des étudiants sont aménagées pour un confort jamais dénué de finesse esthétique. L’agencement des fenêtres qui structurent les façades offrent à l’intérieur une lumière omniprésente qui sublime les formes autant qu’elle est propice à l’étude. Des placards intégrés près de la porte d'entrée, des bibliothèques fixées aux murs, et un bureau s'ajoutent au mobilier conçu par l'architecte pour aménager les chambres inidividuelles ou doubles.
Dans l’appartement du directeur, les détails des meubles intégrés aux pièces (systèmes d’ouverture des fenêtres, gonds ronds des portes, association du métal et du bois) complètent aussi l’élégance générale des éléments de structure.
Ce « Cubisme Romantique », comme on l’appelle parfois, tire sans doute sa force de sa simplicité, son succès de la promotion d’une architecture où sont liés des éléments traditionnels et des formes et des matériaux modernes que le grand public découvre, et peut re-découvrir aujourd’hui, au 61 boulevard Jourdan, 75014, Paris, France.



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